Depuis quelques années, j’ai la joie de proposer des expériences de lectio « en marchant », que ce soit sur les collines de l’Ermitage de Gamogna, au cœur de l’Apennin tosco-romagnol en Italie, ou à Cologne aujourd’hui. L’être humain a un besoin fondamental et inné de bouger. Biologiquement, nos systèmes musculosquelettique et nerveux sont structurés pour l’action. Spirituellement aussi, le mouvement incarne le désir, la quête intérieure et l’élévation de la conscience vers une transcendance — vers Celui qui nous appelle à Le suivre et à nous mettre en marche.
Au sein de notre petit groupe, nous nous retrouvons une fois par mois pour laisser la Parole nous guider.
Chaque rencontre débute par une « mise en route », un temps partagé à l’écoute de la Parole de Dieu. Il peut s’agir d’un récit fort de l’Ancien Testament, comme l’appel d’Abraham vers l’inconnu absolu (Gen 12), la mission de Moïse (Ex 3), ou la quête spirituelle d’Élie (1 Rois 19). Parfois, nous explorons un passage marquant des Évangiles ou des Actes des Apôtres : les disciples d’Emmaüs, le Bon Samaritain, Paul sur la route de Damas, ou encore l’une des affirmations métaphoriques Ἐγώ εἰμι, telle que « Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie » (Jn 14).
Par la suite, les participants se laissent conduire individuellement là où l’Esprit Saint les mène. Parfois, nous cheminons ensemble en silence, rythmés par des haltes spirituelles. Une autre approche est celle des promenades sensorielles : après la prière initiale, chacun avance avec la Parole de Dieu, pleinement concentré sur un sens particulier. Les 15 premières minutes peuvent ainsi être dédiées à l’ouïe : Qu’est-ce que j’entends ? Je ferme les yeux un instant, j’essaie d’écouter ce qu’il y a de plus silencieux, le plus infime des murmures. Puis-je aussi me mettre à l’écoute de moi-même, entendre mon cœur battre, mes pas sur le sol ? Nous poursuivons ensuite avec la vue, le toucher, et ainsi de suite. L’objectif est de s’affranchir du « déjà connu », des concepts et de la simple pensée théorique. C’est un chemin de lâcher-prise, un exercice de descente de la tête vers le cœur, vers le corps et l’éveil de tous les sens. C’est l’événement même, l’expérience vécue, qui devient alors notre maître intérieur.
« Pour moi, cette proposition est proche de ma recherche spirituelle, je pense que Dieu est partout, et du coup nous pouvons aussi Le rencontrer en tout lieu, même en nous-mêmes, à travers l’éveil de mes sens » (Arthur)
« En route au milieu de notre ville, je me sens appartenant, participant, je sens son unité mais aussi son mouvement, son brouhaha. La parole de Dieu me rejoint autrement, parfois à travers un visage, ou une sculpture, parfois comme une certitude de l’intérieur. C’est aussi une liturgie, un mouvement de prière et de louange qui monte, qui est en marche, si l’on peut dire, vers Dieu » (Gottfried)
Sœur Marlene (Fraternité de Cologne)



