Existe-t-il une source cachée où l’humanité pourrait étancher sa soif d’unité ? Nous souffrons. Les déchirures d’hier et d’aujourd’hui entre familles, groupes sociaux, peuples, et Églises nous heurtent. Qu’est devenu l’appel d’Abraham pour apporter une bénédiction à toutes les familles de la terre face aux fléaux de médisance, d’humiliation, de complotisme, d’agression et de guerre ? Nous le constatons, le désir d’unité ne suffit pas pour la faire advenir.

L’unité à laquelle nous aspirons, ne provient pas d’un engagement particulier, d’un effort éthique exceptionnel ou du charisme personnel d’un négociateur ou d’un grand personnage spirituel. L’unité ne relève pas d’une réussite humaine mais de l’accueil efficace d’un don de Dieu. La prière de Jésus la veille de sa mort telle que l’Évangile de Saint Jean l’a formulée, l’atteste clairement.

« Que tous soient un comme toi … » L’unité qui, selon le Christ, manque aux disciples d’hier et d’aujourd’hui c’est leur capacité de recevoir de la part du Père, cet Esprit qui les rend capables de vivre en écoute mutuelle à partir de cette transformation fondamentale reçue au baptême. Le mystère pascal relie et unit sans enlever la diversité des origines culturelles ou linguistiques, sans uniformiser les caractères ou le statut social, sans ignorer le genre ou les compétences professionnelles. Quand Paul écrit : « il n’y a ni juif ni grec, ni… » il affirme que toutes ces différences ne s’opposent pas à l’unité donnée par l’action de Dieu en notre faveur.

Depuis son origine, il n’existe que l’Église UNE, confessée dimanche après dimanche dans toutes les célébrations dominicales. Elle se manifeste comme rassemblement multilinguistique, multiculturel et multi-rituel. Pas question d’uniformiser. Les communautés chrétiennes fondées par l’apôtre Paul vivront autrement que celles fondées par Pierre ou Jean. Ce qui les unit : la confession du Christ mort et ressuscité, l’annonce du don gratuit de Dieu, le service des frères, la célébration des sacrements, la mission, la réception des Écritures, la certitude que l’Esprit souffle encore.

En soi, la diversité des expressions ne pose pas de problème. Plus de vingt rites différents sont pratiqués dans l’Église qui se reconnaît aujourd’hui autour du ministère de l’évêque de Rome : chez les maronites libanais par exemple, on connaît un clergé marié et chez les grecs catholiques, l’utilisation des icônes est aussi développée que chez les orthodoxes. Dans le monde protestant, il existe des variations importantes entre les cultes réformé, baptiste ou évangélique-luthérien, mais la reconnaissance mutuelle l’emporte sur la diversification des expressions.

Le mouvement œcuménique s’est développé surtout au cours du XXe siècle. Depuis le grand schisme de 1054, comme une période de glaciation s’était répandue sur toutes les tentatives de conciliation et de réforme du deuxième millénaire. Curieusement ce sont les grandes guerres qui ont amorcé un changement de regard les uns sur les autres. La création du Conseil œcuménique des Églises en 1948 en témoigne de manière exceptionnelle. Toutes les grandes familles confessionnelles s’y retrouvent pour travailler ensemble. Même si l’Église catholique n’en fait pas partie à part entière, elle participe aux débats et collabore dans certains domaines avec les autres chrétiens. Un travail théologique important a été fourni depuis une quarantaine d’années et a réuni les responsables des Églises pour prier ensemble, échanger, clarifier, approfondir et parfois se concerter pour des questions pastorales ou des prises de positions éthiques et sociales.

À travers 20 siècles d’histoire assez tumultueuse, les Écritures et le Credo sont restés les appuis inchangés des chrétiens. Et la prière du Christ. « Que tous soient un, pour que le monde croie ». Serait-il possible que nous réalisions cette demande du Christ ? Témoigner de cette unité qui nous vient de Dieu comme un don, en quittant les divisions, les suspicions et les accusations ?

Une prise de conscience spirituelle et un travail liturgique importants restent à faire dans et pour la vie des Églises locales et les communautés monastiques. Est-ce que les frères, les sœurs les autres Églises me manquent vraiment ? Quels moyens se donner pour connaître et accueillir les autres puis apprécier le don que Dieu leur fait. Comment liturgiquement parlant, prier nommément pour et avec ces disciples du Christ que je fréquente si peu ? Et entrer ainsi en Eucharistie. Avec le Christ et pour la v i e du monde. C’est lui qui ouvre notre chemin.

Agnès von Kirchbach (Pasteure et théologienne, amie de nos Fraternités de Vézelay)