« Vous êtes tous frères » (Mt 23,8). Mes sœurs sont aimées du Père, voulues pour réaliser son plan de salut. Et pourtant, je suis capable du pire envers elles. À la question de Dieu à Caïn : « Où est ton frère ? », je peux répondre, moi aussi, pour me dérober : « Est-ce que je suis, moi, le gardien de mon frère ? » (Gn 4,9). Oui, je le suis, nous le sommes toutes les unes pour les autres. Du moins, je crois que nous devrions toutes, en tant que baptisées, avoir à cœur le salut de l’âme de chacune de nos sœurs. Cette unité salvifique à laquelle nous aspirons toutes, au fond, commence dès aujourd’hui, de manière très concrète. À chaque fois que je résiste à la tentation de juger et condamner ma sœur, et que je pose sur elle un regard de bienveillance, de bonté, de foi en ce qu’elle est véritablement aux yeux de Dieu. À chaque fois que je résiste à la tentation de voir en ma sœur mon adversaire, et que je reconnais en elle l’instrument de Dieu qui peut sauver ma pauvre âme pécheresse. À chaque fois que je résiste à la tentation du silence lourd de préjugés et de meurtres relationnels, et que j’ose une parole de vérité et de lumière sur ce qui heurte mon humanité et ma foi. Q uand je nous vois agir au quotidien de nos incohérences, hypocrisies, violences, jalousies, et orgueils, oui, j’ai mal à notre humanité, à notre fraternité.

Nous sommes toutes capables du pire, et pourtant, nous sommes toutes capables du meilleur; nous avons été créées pour cela : aimer, pardonner, unifier, croire, espérer, illuminer, être vraies, être une source de joie les unes pour les autres. En cette année jubilaire de saint François d’Assise, je nous invite à faire nôtre sa prière. Qu’elle soit, pour nos communautés, une lumière sur notre chemin d’unité.

Seigneur, fais de moi un instrument de ta paix,
Là où est la haine, que je mette l’amour.
Là où est l’offense, que je mette le pardon.
Là où est la discorde, que je mette l’union.
Là où est l’erreur, que je mette la vérité.
Là où est le doute, que je mette la foi.
Là où est le désespoir, que je mette l’espérance.
Là où sont les ténèbres, que je mette la lumière.
Là où est la tristesse, que je mette la joie.

Ô Seigneur, que je ne cherche pas tant à
être consolé qu’à consoler,
à être compris qu’à comprendre,
à être aimé qu’à aimer.

Car c’est en se donnant qu’on reçoit,
c’est en s’oubliant qu’on se retrouve,
c’est en pardonnant qu’on est pardonné,
c’est en mourant qu’on ressuscite à l’éternelle vie.

Sœur France (Fraternité de Montréal)