Un moine a dit un jour : « La plus grande église de Paris est le métro, nulle part ailleurs on n’espère, on n’aspire et on ne prie autant qu’ici ». Je trouve que cela vaut également pour les salles d’attente de nos cabinets médicaux et de nos hôpitaux, plus nombreuses et plus bondées que nos églises. Nulle part ailleurs on n’espère, on n’aspire, on n’implore et on ne prie autant qu’ici.

« Veuillez prendre place un instant dans la salle d’attente. »
J’entre dans la salle en question et je vois des gens qui, comme moi, feuillettent distraitement l’un des magazines mis à disposition. Personne ne parle, chacun est seul avec soi-même. Ou peut-être pas. En tout cas, pas moi, car il y a quelqu’un d’autre : la peur ! La peur que cela soit pire que ce que je craignais.
Prier dans cette salle d’attente signifie : respirer profondément, se calmer.
Merci, Seigneur, de me faire vivre dans un pays où je peux obtenir de l’aide.
Merci, Seigneur, de pouvoir me confier à des mains expertes.
Merci, Seigneur, parce que je ne dois en réalité pas avoir peur.

« Veuillez vous asseoir un instant dans la salle d’attente. »
Je ne me le fais pas dire deux fois, aujourd’hui où je n’ai pas de rendez-vous et où je n’ai pas peur. La salle d’attente est bondée. On tousse et on halète sur chaque chaise, un vieil homme respire avec peine, un enfant a les yeux rouges et s’accroche à sa mère, une jeune femme peut à peine rester assise tant elle est agitée. Comme si cela venait tout seul, je prie en moi-même, ici, dans cette pièce, dans mon cœur :
Dieu de la vie, guéris, console, relève !
Dieu plein de miséricorde, sois proche de chacun.
Dieu de toute compassion, fais que tout aille bien.
Dans mes pensées, je pose doucement mes mains sur chacun – Jésus n’aurait-il pas fait de même ? Prier dans la salle d’attente, c’est prier dans une communauté invisible : j’aime prier dans cette salle d’attente.

« Veuillez patienter dans la salle d’attente. On vous appellera. »
Salle d’attente d’une unité de soins intensifs. Le silence de la pièce est pesant, l’atmosphère est grave, on perçoit les signaux sonores d’une grande quantité d’appareils médicaux. C’est une question de vie ou de mort pour un être cher. Prier dans cette salle d’attente signifie : avoir confiance, espérer, et si nécessaire, savoir lâcher prise. 
Merci, Seigneur, pour le personnel soignant attentif : bénis ces bons anges.
Merci, Seigneur, pour les médecins : remplis-les de ton Esprit.
Merci, Seigneur, pour ceux que je souhaite voir : accorde-leur la vie et le salut.
Prier dans la salle d’attente signifie : plein d’espérance, remettre tout entre les mains de Dieu. Prier pour les personnes malades, c’est comme prier devant le Saint-Sacrement : ici aussi, il s’agit toujours du merveilleux mystère de la vie, et parfois de la vie éternelle.

Oui, je prie tout simplement quand quelqu’un me dit :
« Veuillez patienter un instant dans la salle d’attente. »
 Et je ne regarde pas l’heure, mais les personnes présentes.

Sœur Rebekka (Fraternité de Cologne)