« Des pauvres vous en aurez toujours avec vous. » Jésus aurait pu aussi bien dire : « Des souffrants vous en aurez toujours avec vous. » La souffrance n’est pas réservée à la ville mais elle y est éminemment présente. Ils sont là, à nos portes, dans le métro, assis ou debout tendant un gobelet pour y accueillir quelques piécettes, ces souffrants de la ville. Le regard vide ou encore plein d’alcool ou de drogue parcourant les rames du métro, Ils sont là. Presque invisibles, ils sont là se pressant vers leur travail, le cœur transpercé par le deuil d’un être cher, la trahison de celle qu’ils s’étaient promis d’aimer toute leur vie, ou par l’annonce d’un handicap venant briser leur rêve d’enfant idéal. Ils sont là, dans la cellule d’une prison espérant une remise de leur peine, la visite d’un proche. Ils sont là souffrant de la solitude ou angoissé par la vie qui les attend au-delà des barreaux. Elles sont là, les souffrantes de nos villes ayant choisi d’étouffer le germe de la vie qu’elles portaient en ses débuts. Elles, ils sont là, les souffrants de nos villes incapables de savoir qui ils, qui elles sont vraiment, garçons, filles, hommes, femmes ? Les voyons-nous ? Ils, elles sont là innombrables.

La souffrance, les souffrances s’invitent partout, dans les rues de tous les quartiers riches ou pauvres, dans toutes les maisons, dans tous les cœurs humains comme des voleuses d’espérance, de joie. Elles traversent nos cœurs, nos corps, nos esprits. Qu’en faire ? Se laissera-t-on écraser ?

Que faire de ma propre souffrance, de celle de mes frères et sœurs en humanité que je côtoie ou dont on me parle, que je pressens ? Pourraient-elles être chemin de conversion, de croissance ? Une croix nous attend, la Croix de Celui devant qui nous pouvons les déposer, les remettre toutes parce qu’Il les a déjà portées, assumées, transfigurées en sa propre chair pour en faire le terreau d’un Jour nouveau, d’une Vie nouvelle. Souffrance où est ta victoire ? Souffrance où est ton aiguillon ?

Soeur Bénédicte, de la fraternité de Montréal