Le lien fraternel lorsque la vulnérabilité et la dépendance apparaissent
Sœur Véronique est atteinte d’une maladie dégénérative qui lui a fait perdre peu à peu ses capacités physiques, jusqu’à la faculté de parler. Elle vit actuellement à la maison Sainte-Catherine, qui est l’infirmerie des sœurs de la Charité de Strasbourg, à deux pas de la Fraternité des sœurs de Jérusalem.
- Que découvres-tu de la fraternité depuis que tu vis à la maison Sainte-Catherine ?
Ce que je découvre, c’est que les sœurs sont restées des sœurs. Elles s’occupent de m’apporter la communion tous les jours et de prendre des nouvelles. Au début, elles n’avaient pas besoin de venir tous les jours puis elles sont venues tous les jours. Elles se répartissaient les jours. Elles sont vraiment fraternelles.
- Qu’est-ce qui est source de joie, de vie ?
Je me nourris de la fraternité, littéralement. Je rencontre les sœurs une par une et personnellement. C’est avec joie que je tisse des liens avec elles.
- Comment vois-tu tes sœurs ? Y a-t-il des choses que tu vois d’elles que tu ne voyais pas avant ?
Il a des choses dont je me souvenais et que j’avais oublié : la naïveté de l’une ou l’autre qui sont très simples. Il m’arrive de ne pas les contrarier pour ne pas leur faire sentir qu’elles ne sont pas à la hauteur de la situation, par exemple quand elles me demandent si ça va.
- Tes représentations de la vie fraternelle ont-elles bougé ?
Pourquoi la vie communautaire a-t-elle tant de priorité ? La vie communautaire est importante pour moi mais je ne la fais pas passer avant tout : j’ai des relations amicales avec le personnel de la maison Sainte-Catherine et cela ne m’empêche pas d’avoir des relations fortes avec mes sœurs.
J’ai toujours considéré la fraternité comme cela : être sœur pas uniquement de mes sœurs de communauté mais sœur de ceux qui m’entourent, comme mes collègues de travail. A la maison Sainte-Catherine, ça continue comme cela.
- Un exemple concret de vie fraternel dans ta chambre ?
Quand une sœur vient me voir, qu’elle s’assied en face de moi et me parle comme à une adulte. Par exemple aujourd’hui elle m’a raconté comment les sœurs partiront en désert et ce qu’elles feront.
- Trois mots pour dire la vie fraternelle ?
Fraternité, égalité et appartenance
- Qu’est-ce que tu tisses avec l’équipe soignante et avec les sœurs qui t’accueillent ?
Ce que je tisse avec les sœurs de la Charité, c’est comme dit l’une des sœurs de la Charité, que nous prions chacune pour le monde. Celles qui viennent me voir m’apportent beaucoup, que ce soit au plan humain ou spirituel. Avec l’équipe soignante, je cultive des liens non pas de dépendance mais d’amitié, par exemple je demande à l’une des nouvelles de sa famille.
- Comment tu t’y prends pour dire à tes sœurs si elles ont une attitude juste, si tu es d’accord ou pas avec des décisions qui te concernent ?
Avec mes sœurs, je ne sais pas trop comment je fais pour donner mon avis, je me débrouille mais elles me comprennent sans que je leur explique. Pour une attitude non juste, je préfère me taire pour avoir la paix. La vie communautaire c’est comme cela !
Sœur Véronique (Fraternité de Strasbourg)



