C’est mon jour de visite auprès de Véronique.
Aujourd’hui, je lui apporte …. ce que je suis, avec tous mes soucis, mes joies, le poids de la journée.
En rentrant dans sa chambre, j’essaie de déposer le rythme qui m’habite, de freiner la vitesse avec laquelle j’ai rejoint ce lieu, de quitter mon « atmosphère » pour pouvoir m’approcher de la sienne en tout calme.
Pour pouvoir écouter et regarder en vérité, en étant vraiment présente. 

Je lui apporte la communion, je lui lis la lettre que sa maman, tous les jours, lui envoie. Et tous les 15 jours, plus ou moins, je lui coupe les ongles des mains.
Je me rende compte que, naturellement, je suis poussée à chercher à lui dire quelque chose, à vouloir lui apporter quelque chose, à faire quelque chose pour elle, comme pour enrichir sa vie, que j’estime être si appauvrie.
Mais enfin, à chaque fois, je découvre que la chambre de Véronique cache bien des richesses et les moments de dialogue, si on peut dire, plus profonds, sont les moments où j’arrive à « rester » avec elle sans rien faire de particulier : présence dans la gratuité.

J’ai connu Véronique quand elle était déjà en fauteuil roulant et elle pouvait encore parler : nous avons pu apprendre à nous connaître un peu. Je sais ce qu’elle aime et ce qu’elle n’aime pas, quels sont les sujets qui attirent sa curiosité et ceux qui l’amusent. Cela nous permet de nous comprendre sans parler et parfois de rigoler de bon cœur.
Soyez étonnés ! Nous partagions même des rêves pour l’avenir, mais cela reste un secret entre nous.

Chère Véro,
Ton cœur bat pour dire et redire à tous
que notre humanité est magnifique !
N’oublie pas que, quand tu nous souris,
c’est comme si la porte derrière laquelle ta maladie t’a enfermée,
s’ouvre grand ouverte, pour nous montrer
toute la beauté de la Vie qui t’habite :
mystère enveloppé de silence paisible
et de lumière qui ne faiblira jamais.
Ta sœur Grazia.

Sœur Grazia (Fraternité de Strasbourg)