La manière dont les chrétiens habitent la ville est profondément influencée par les multiples transformations des espaces urbains. Deux évolutions majeures sont repérables depuis plusieurs années dans les post-métropoles, comme celle de Paris : d’une part une diversification croissante de la population, sur le plan social, ethnique et religieux et d’autre part une tendance au repli identitaire ou du moins au regroupement affinitaire. Autrement dit, les villes modernes tendent à se fragmenter, créant des juxtapositions de « tribus » plutôt qu’une véritable société de rencontre. L’idéal de la ville inscrit dans la Bible comme lieu d’échange, de rencontre et de communion est régulièrement confronté à la dure réalité de la compétition, de la violence et de l’exclusion qui peuvent y régner.   

Cet écart n’est pas sans conséquence sur la vie, la vocation et la mission des chrétiens dans la ville. Habiter chrétiennement la ville implique désormais de contester activement ces dynamiques de fermeture et de violence. L’Évangile a, depuis les origines, transformé les liens sociaux en réunissant des personnes que tout séparait (juifs et païens, esclaves et hommes libres). Cette capacité à transcender les divisions sociales et culturelles est toujours restée au cœur de l’identité chrétienne. C’est pourquoi l’Église est appelée à être toujours plus un espace de communion, un lieu de rencontre des différences afin de rappeler à la ville son utopie fondatrice : être une véritable société. Pour un chrétien, cet appel à la réconciliation s’enracine dans l’Eucharistie autour de l’unique table qui rassemble une multitude de toutes nations, tribus, peuples et langues. C’est dans ce lieu source que s’instaure un lien de fraternité universel qui dépasse les identités communautaires et qui invite à la communion.   

Dans le contexte actuel de diversification urbaine, la priorité ecclésiale est sans doute de faire signe plus que de faire nombre : devenir signe concret et authentique de réconciliation et de rencontre, Ainsi l’Église aide la ville à se rapprocher de sa destinée ultime, à devenir toujours plus la Jérusalem céleste, ville où tout ensemble fait corps.

Frère Charles (Fraternité de Paris)